Et si Luther avait été brûlé à Worms ?
En 1521, Charles Quint respecta le sauf-conduit de Luther. Et s’il l’avait rompu, comme Sigismond le fit avec Jan Hus ?
Ce qui s’est réellement passé
Les quatre-vingt-quinze thèses de Martin Luther de 1517 devinrent, par des pamphlets imprimés et des disputes publiques, un défi direct à l’autorité pontificale. Le pape l’excommunia en janvier 1521, et le jeune empereur Charles Quint le convoqua à la Diète impériale de Worms sous la garantie d’un sauf-conduit.
Les 17 et 18 avril 1521, Luther refusa de se rétracter à moins d’être convaincu par l’Écriture et par la raison. (La célèbre phrase « Me voici, je ne puis faire autrement » apparaît d’abord dans des récits imprimés et n’est peut-être pas de lui mot pour mot.) Charles tint sa promesse et le laissa partir, mais en mai l’édit de Worms déclara Luther hors-la-loi et ordonna de brûler ses livres.
Sur le chemin du retour, Luther fut enlevé par des hommes de son protecteur, Frédéric le Sage, prince-électeur de Saxe, et caché au château de la Wartburg. Il y traduisit le Nouveau Testament en allemand, publié en 1522. Protégée par les princes et diffusée par l’imprimerie, la Réforme s’enracina dans une grande partie de l’Allemagne.
Le tournant
Le précédent était évident. En 1415, Jan Hus était venu au concile de Constance sous le sauf-conduit de l’empereur Sigismond et avait été brûlé malgré tout, au motif qu’on n’est pas tenu de respecter les promesses faites à des hérétiques. Certains à Worms, dont le légat pontifical Aléandre, voulaient que l’on traite fermement Luther.
Charles avait des raisons de tenir parole : son honneur personnel, le besoin du soutien de Frédéric le Sage, un électeur dont la voix avait compté dans l’élection impériale de 1519, et des guerres contre la France et les Ottomans qui exigeaient l’aide des princes allemands. La mort de Luther en aurait aussi fait un martyr dans une Allemagne déjà inondée de ses pamphlets.
Le monde qui aurait pu être
Dans La Couronne et la Charrue, la variante se lit ainsi : le jeune empereur écouta son confesseur selon lequel on n’est pas tenu de respecter une promesse faite à un hérétique ; comme Hus à Constance, le moine de Wittenberg alla au bûcher ; le prince-électeur de Saxe protesta mais ne bougea pas son armée, et les princes allemands ne quittèrent pas Rome. Dans ce monde, la Réforme anglaise programmée n’a pas lieu non plus, et l’Angleterre et la Suisse restent catholiques.
Au-delà du jeu, de nombreux historiens doutent que tuer Luther eût arrêté la Réforme. Huldrych Zwingli prêchait déjà la réforme à Zurich depuis 1519, des humanistes comme Érasme avaient préparé le terrain, et les griefs allemands de longue date contre Rome, les fameux Gravamina, donnaient aux princes et aux villes leurs propres raisons de rompre. L’imprimerie rendit la répression bien plus difficile qu’à l’époque de Hus.
Ce qu’un bûcher aurait pu changer, c’est la forme du mouvement : sans la direction de Luther et sa Bible allemande, la réforme aurait pu être plus radicale, plus fragmentée, ou plus lente à gagner la protection des princes. Il est aussi possible qu’un Luther martyr eût enflammé davantage l’Allemagne. L’issue paisible du jeu est une branche plausible, non la plus probable.
Des ondes à travers le temps
Une Allemagne restée catholique facilite pour l’empereur les guerres de religion ultérieures : dans le jeu, une victoire impériale à Breitenfeld devient nettement plus probable.
Prolongé jusqu’à l’époque du Roi-Soleil (1680), les États du nord de l’Allemagne, dont la Saxe, le Brandebourg, le Mecklembourg, le Hanovre, le Wurtemberg et le Palatinat, sont catholiques au départ : les princes allemands n’ont jamais quitté Rome.
- Influence Et si l’empereur avait gagné la bataille de Breitenfeld ?
- Se prolonge dans l’époque suivante Âge du Roi-Soleil et du baroque
Jouer ce tournant
Commencez à l’époque de la Renaissance (1500), ou choisissez le scénario L’imprimeur de Wittenberg, qui débute en 1517 quand les thèses partent à l’impression. Le récit des Courants de l’histoire La Réforme vous permet de prendre le parti de Luther, celui de Rome ou celui des paysans et des prédicateurs ; le camp de Rome pousse à la variante.
Les deux camps sont traités comme de force égale, si bien que les chances de base et votre contribution décident. Servir l’empereur ou le pape à travers le récit est la façon de changer l’histoire.
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Questions et réponses
Luther a-t-il dit « Me voici » à Worms ?
La phrase apparaît dans les premiers récits imprimés de son discours, mais pas dans les transcriptions les plus fiables. Les historiens pensent qu’elle pourrait être un ajout ultérieur, bien qu’elle corresponde à la substance de ce qu’il a dit.
Pourquoi Charles Quint a-t-il laissé partir Luther ?
Il avait promis un sauf-conduit et considérait sa parole comme contraignante. La politique comptait aussi : il avait besoin des princes allemands, dont le protecteur de Luther, Frédéric le Sage, pour ses guerres contre la France et les Ottomans.
La Réforme aurait-elle eu lieu sans Luther ?
La plupart des historiens pensent qu’un mouvement de réforme était probable sous une forme ou une autre, vu Zwingli, la critique humaniste, l’imprimerie et les griefs allemands contre Rome, mais que sa forme et son succès auraient probablement été différents.
Sources et lectures complémentaires
Les actes de la Diète de Worms (Deutsche Reichstagsakten) ; les écrits de Luther lui-même. Ouvrages modernes : Lyndal Roper, Martin Luther: Renegade and Prophet ; Diarmaid MacCulloch, Reformation ; Heinz Schilling, Martin Luther.
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