Et si Constantinople avait tenu face à la quatrième croisade ?
En avril 1204, croisés et Vénitiens prirent d’assaut et pillèrent Constantinople. Et si les murailles maritimes avaient tenu ?
Ce qui s’est réellement passé
La quatrième croisade devait attaquer l’Égypte. Ses chefs passèrent contrat avec Venise en 1201 pour une flotte capable de transporter plus de 30 000 hommes, mais bien moins arrivèrent et ils ne purent payer. Pour éponger la dette, ils aidèrent Venise à prendre la ville chrétienne de Zara en 1202, puis acceptèrent une offre du prince byzantin exilé Alexis Ange : rétablir son père Isaac II sur le trône à Constantinople, et il les paierait largement et soutiendrait la croisade.
En juillet 1203, les croisés attaquèrent la ville ; l’empereur Alexis III s’enfuit et Isaac et son fils Alexis IV furent installés. L’argent ne vint jamais. Alexis IV fut assassiné début 1204 par Alexis V Doukas, qui défia les croisés. Leur premier assaut du 9 avril 1204 échoua. Le 12 avril, le vent poussant leurs navires contre les tours des murailles maritimes de la Corne d’Or, ils firent passer des hommes sur des ponts volants et pénétrèrent dans la ville.
Le sac dura trois jours et fut l’une des grandes catastrophes culturelles du Moyen Âge. Les croisés établirent un Empire latin sous Baudouin de Flandre, tandis que des États byzantins successeurs se formaient à Nicée, en Épire et à Trébizonde. Nicée reprit Constantinople en 1261, mais l’empire restauré ne retrouva jamais sa force.
Le tournant
La ville fut prise à la deuxième tentative après l’échec de la première, et le témoin oculaire Robert de Clari montre bien combien tint au vent qui amena deux navires contre une tour. Si les défenseurs, dont la garde varangue, avaient tenu une seconde fois, les chefs de la croisade auraient fait face à des troupes impayées, à une flotte vénitienne aux priorités propres et à une impasse.
Les historiens ont longtemps débattu pour savoir si le détour vers Constantinople était un complot de Venise ou du roi allemand Philippe de Souabe. Donald Queller et Thomas Madden ont soutenu avec influence qu’il s’agissait d’une chaîne d’accidents et de mauvais marchés ; Jonathan Phillips et d’autres insistent sur le désespoir des croisés et le chaos politique byzantin. Dans tous les cas, l’assaut final fut une affaire serrée.
Le monde qui aurait pu être
Dans La Couronne et la Charrue, la variante se lit ainsi : la garde varangue sur les murailles maritimes repoussa les échelles ; ayant hiverné sans argent ni navires, les croisés se dispersèrent, et la ville de l’empereur resta debout comme elle l’était depuis mille ans. Le jeu supprime alors l’Empire latin programmé.
Au-delà du jeu, un Byzance épargné par le sac aurait gardé sa capitale, ses trésors, son administration et son contrôle des Détroits. Il n’aurait pas été à l’abri : l’empire était affaibli par la guerre civile, par la perte de l’Asie Mineure au profit des Seldjoukides et par les attaques normandes, et sa querelle avec l’Occident latin n’aurait pas disparu. Mais un Byzance plus fort aurait peut-être mieux résisté aux Ottomans en pleine ascension au XIVe siècle.
Le schisme entre les Églises grecque et latine, aggravé par le sac en une amertume durable, aurait aussi pu rester une dispute entre clercs plutôt qu’un grief populaire. Venise, en revanche, aurait perdu les colonies égéennes qui firent d’elle un empire maritime.
Des ondes à travers le temps
Ce tournant n’a pas de lien direct avec les tournants médiévaux ultérieurs du jeu, mais il se prolonge dans la Renaissance. Si Constantinople a tenu, la carte de 1500 compte encore un Empire byzantin qui tient Constantinople et la Thrace, gouverné par la dynastie des Lascaris et hostile aux Ottomans, dont le sultan n’a pas franchi les murs. Cela change le cadre de l’avancée ottomane sur Vienne.
- Se prolonge dans l’époque suivante Renaissance et grandes découvertes
Jouer ce tournant
Commencez au Moyen Âge (1200), ou choisissez le scénario Les galères de Venise, qui débute en 1202 avec des croisés endettés échoués sur le Lido. Le récit des Courants de l’histoire Quatrième croisade vous permet de rejoindre la croisade ou de défendre Constantinople.
Les probabilités opposent la force byzantine aux croisés soutenus par Venise, et les croisés partent nettement favoris. Défendre la ville, ou régner sur des terres du côté byzantin, est la façon de changer l’histoire.
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Questions et réponses
Pourquoi la quatrième croisade attaqua-t-elle Constantinople ?
Les croisés devaient de l’argent à Venise pour leur flotte et acceptèrent la promesse de paiement et de soutien du prince exilé Alexis Ange s’ils rétablissaient son père. Quand ces promesses s’effondrèrent, ils attaquèrent eux-mêmes la ville en avril 1204.
Quand Constantinople fut-elle pillée ?
Les croisés y pénétrèrent le 12 avril 1204 et la pillèrent pendant trois jours.
Byzance se releva-t-elle ?
L’Empire de Nicée reprit Constantinople en 1261, mais l’empire restauré était bien plus faible et tomba aux mains des Ottomans en 1453.
Sources et lectures complémentaires
Geoffroi de Villehardouin, La Conquête de Constantinople ; Robert de Clari ; Nicétas Choniatès, Chronique. Ouvrages modernes : Donald Queller et Thomas Madden, The Fourth Crusade ; Jonathan Phillips, The Fourth Crusade and the Sack of Constantinople.
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