Et si la Glorieuse Révolution avait échoué ?
Un « vent protestant » porta Guillaume d’Orange à Torbay en 1688. Et si son invasion avait échoué et que Jacques II avait gardé son trône ?
Ce qui s’est réellement passé
Jacques II, catholique, devint roi d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande en 1685. Son usage du pouvoir royal pour promouvoir les catholiques et les dissidents, son armée grandissante et le procès de sept évêques en 1688 alarmèrent une grande partie de la nation politique. Quand sa reine donna naissance à un fils en juin 1688, une succession catholique parut assurée, et sept personnalités de premier plan invitèrent Guillaume d’Orange, stathouder de la République néerlandaise et époux de la fille protestante de Jacques, Marie, à intervenir.
La première tentative de Guillaume pour appareiller en octobre fut repoussée par une tempête. Le 1er novembre, sa flotte de plus de 400 navires prit de nouveau la mer. Un vent d’est, bientôt appelé le vent protestant, la porta le long de la Manche tout en retenant la flotte anglaise dans l’estuaire de la Tamise, et le 5 novembre il débarqua à Torbay, dans le Devon.
Jacques avança jusqu’à Salisbury mais ne combattit pas. Alors que des officiers supérieurs, dont John Churchill, et même sa fille Anne l’abandonnaient, il se replia sur Londres et s’enfuit ; on dit qu’il jeta le Grand Sceau dans la Tamise. Il atteignit la France fin décembre. En février 1689, le Parlement offrit la couronne conjointement à Guillaume et Marie, avec la Déclaration des droits, promulguée plus tard dans l’année sous le nom de Bill of Rights.
Le tournant
L’invasion fut un énorme pari. Elle appareilla tard dans l’année, face à une marine anglaise plus nombreuse, et dépendait du vent. Si la tempête d’octobre s’était répétée, ou si le vent avait tourné alors que la flotte néerlandaise était dans la Manche, Guillaume aurait pu perdre une grande partie de son armée en mer. Steve Pincus et Jonathan Israel soulignent à quel point ce fut une opération militaire néerlandaise, et pas seulement un soulèvement anglais.
Une fois à terre, le facteur décisif fut l’effondrement de courage de Jacques lui-même et les défections de son armée. Un roi qui aurait tenu bon sur la plaine de Salisbury avec une armée plus nombreuse que celle de Guillaume aurait pu garder son trône, au moins un temps.
Le monde qui aurait pu être
Dans La Couronne et la Charrue, la variante se lit ainsi : la tempête d’octobre dispersa une seconde fois la flotte néerlandaise ; les troupes qui avaient débarqué furent arrêtées par l’armée du roi sur la plaine de Salisbury et Guillaume retourna à La Haye ; le fils du roi catholique fut baptisé prince de Galles. Le jeu supprime alors la Révolution programmée, le traité de Ryswick, les Actes d’Union et les soulèvements jacobites.
Au-delà du jeu, une Grande-Bretagne des Stuarts sous Jacques II puis son fils serait probablement restée plus proche de la France et plus éloignée des Néerlandais. La grande coalition de Guillaume contre Louis XIV aurait manqué de l’argent et des navires anglais, un changement aux conséquences dans toute l’Europe. Que le pouvoir du Parlement ait grandi comme il le fit après 1689 est incertain ; Jacques aurait pu aussi faire face plus tard à une rébellion en Angleterre ou en Écosse.
La question catholique n’aurait pas disparu. La large majorité protestante d’Angleterre et d’Écosse aurait continué de pousser contre une dynastie catholique, et le conflit aurait pu prendre plus tard une forme plus violente.
Des ondes à travers le temps
Sans l’alliance anglo-néerlandaise contre Louis XIV, la guerre de Succession d’Espagne penche vers la France : dans le jeu, une union bourbonienne des deux couronnes devient beaucoup plus probable.
Prolongé jusqu’à l’époque des Révolutions (1789), les Stuarts siègent toujours sur les trônes de Grande-Bretagne et d’Irlande, sous un roi nommé Jacques, et la Grande-Bretagne est en meilleurs termes avec la France. Comparez avec l’article sur l’Armada, pour une Grande-Bretagne devenue catholique un siècle plus tôt.
- Influence Et si la France et l’Espagne avaient été unies sous une même couronne bourbonienne ?
- Se prolonge dans l’époque suivante Ère des révolutions
Jouer ce tournant
Commencez à l’époque du Roi-Soleil, ou choisissez le scénario Le vent de Torbay, qui débute quand la flotte de Guillaume appareille. Dans le récit des Courants de l’histoire La Glorieuse Révolution et les jacobites, vous choisissez le camp de Guillaume ou celui de Jacques ; le camp de Jacques pousse à la variante.
Les deux camps sont traités comme de force égale, si bien que vos actes et votre rang pèsent réellement.
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Questions et réponses
Pourquoi l’appelle-t-on la Glorieuse Révolution ?
Ses partisans la dirent glorieuse parce que Jacques II fut remplacé avec peu de sang versé en Angleterre. En Écosse et surtout en Irlande, la guerre qui suivit fut sanglante.
Qu’était le vent protestant ?
Le vent d’est qui porta la flotte de Guillaume le long de la Manche en novembre 1688 tout en retenant la marine anglaise bloquée dans l’estuaire de la Tamise.
La Glorieuse Révolution fut-elle une invasion néerlandaise ?
Au sens militaire, oui : Guillaume débarqua avec une grande armée professionnelle et une flotte. Les historiens débattent de la part de l’issue due à cette armée et de celle due à l’abandon de Jacques par l’élite anglaise.
Sources et lectures complémentaires
Gilbert Burnet, History of His Own Time ; la Déclaration des droits. Ouvrages modernes : Steve Pincus, 1688: The First Modern Revolution ; Tim Harris, Revolution ; Jonathan Israel (dir.), The Anglo-Dutch Moment.
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